Cinq ans après, on recommence avec le même mensonge : « l’impasse technique pour lutter contre les ravageurs » qui « menacerait la filière »… et le même soutien du (6ème) ministre de l’Agriculture macroniste, pour motiver la réautorisation des insecticides néonicotinoïdes tueurs d’abeilles ! Au mépris de leur extrême toxicité, qui empoisonne notre environnement, notre eau et notre alimentation, et en particulier les espèces dont l’agriculture a le plus besoin pour garantir notre souveraineté alimentaire : les insectes pollinisateurs et les autres insectes auxiliaires nécessaires à la régulation des ravageurs !
A l’Assemblée nationale, ce 14 mai, dans le cadre de l’article 2 de la proposition de loi DUPLOMB, prétendant « lever les contraintes à l’exercice du métier d’agriculteur », la Commission des affaires économiques a approuvé, à la majorité, la réautorisation des dérogations à l’usage de l’acétamipride. Alors que les alternatives existent, que les rendements en France sont, selon la FAO, bien supérieurs à ceux de l’Italie, l’Espagne ou la Turquie qui autorisent encore l’acétamipride. Et malgré un rapport du gouvernement sur la souveraineté alimentaire publié en avril 2024, qui indique ne pas constater d’évolution des rendements à la suite de l’interdiction de certains pesticides.
Au motif invoqué, cette fois, de protéger la noisette, les députés pro-néonicotinoïdes de la Commission des affaires économiques ont ouvert la porte aux autres filières agricoles pour revenir aux pesticides ultra-toxiques. Ils ont fait comme si rien ne s’était rien passé depuis 25 ans. Comme si les 1200 études compilées par la Task Force internationale n’avaient pas suffi à révéler les effets désastreux de cette famille de pesticides pour conclure à leur interdiction ! Comme si la disparition de 80% des insectes en Europe ne suffisait pas ! Comme si la pollinisation n’était pas nécessaire à 85% des cultures et qu’il fallait finir d’anéantir les apiculteurs ! Comme si l’effondrement de la biodiversité n’était pas un problème ! Comme si la détérioration de la santé publique n’avait aucune importance ! Et comme si… rien n’était lié !
Le déni scientifique offre décidément encore à l’agrochimie de belles perspectives économiques. A l’agro-industrie du sucre et de la célèbre pâte à tartiner, aussi ! Invariablement distillé dans son message par le syndicat agricole majoritaire, suggérant que les pesticides sont indispensables pour « nourrir le monde », ce déni continue à faire son chemin, incontestablement, mais au profit, vraiment… des agriculteurs ?
Quand la contamination de l’eau se généralise partout et que les autorités sont impuissantes pour nous protéger du risque, il devrait être temps d’admettre que ce modèle agrochimique est sans issue… Que l’urgence n’est pas de délivrer de nouveaux permis d’empoisonner, mais de sortir de ce cercle vicieux, qui ruine notre santé et notre économie et qui a fait oublier, au fil du temps, les notions élémentaires de l’agronomie.
Vous avez à vous prononcer sur bien d’autres mesures régressives du texte. Sur l’autre point de l’article 2, notamment, également formellement contesté par TERRE D’ABEILLES : il vise à accorder au ministre de l’Agriculture, qui n’a pas la légitimité scientifique, le pouvoir de suspendre les décisions de l’Anses en matière d’homologation des pesticides et de délivrances d’AMM. Maintenir l’Anses dans ce rôle décisionnaire et garantir son indépendance est indispensable pour la sécurité des Françaises et des Français. Face à l’urgence budgétaire, protéger la santé est une priorité. Il serait inconcevable de relayer l’expertise scientifique au second plan.
Continuer Ă servir les intĂ©rĂŞts de l’agrochimie, creuser encore davantage le budget de la santĂ© et finir d’exterminer les auxiliaires des cultures nĂ©cessaires Ă la production agricole… est-ce la solution pour atteindre la sĂ©curitĂ© et la souverainetĂ© alimentaires ? Pour dĂ©grader l’image de l’agriculture et diviser toujours plus la sociĂ©tĂ©, Ă coup sĂ»r ! Pour aider les agriculteurs, beaucoup moins.
Mesdames, Messieurs les députés, oubliez les contre-vérités à la une de l’actualité ! Répondez aux attentes de vos électeurs que vous avez en charge de protéger en vous opposant à ce recul environnemental, sanitaire et démocratique : 83% des Françaises et des Français se sont déclarés contre le retour des insecticides tueurs d’abeilles.
Sources
https://agriculture.gouv.fr/les-indicateurs-de-souverainete-alimentaire-et-agricole
Task Force on Systemic Pesticides, 2015. Worldwide integrated assessment of the impacts of systemic pesticides on biodiversity and
ecosystems. tfsp.info.
Hallmann et al. 2017. More than 75 percent decline over 27 years in total flying insect biomass in protected areas. PLOS ONE.
3-dossier-INRA-abeilles-et-pesticides.pdf
https://www.igas.gouv.fr/prevenir-et-maitriser-les-risques-lies-la-presence-de-pesticides-et-de-leurs-metabolites-dans-leau-destinee-laconsommation-humaine
https://www.generations-futures.fr/actualites/sondage-duplomb-pesticides/sondage-ifop-duplomb-pesticide/
